Faut-il démissionner en cas de burn-out ?

Vous êtes salarié et vous ne supportez plus de vous rendre au travail chaque jour ? La démission vous semble la seule issue envisageable ? Mais est-ce vraiment une bonne idée ? Nous allons voir comment réagir en cas de burn-out et surtout quelles alternatives à la démission s'avèrent plus efficaces pour faire reconnaître vos droits.  

Qu’est-ce qu’un burn-out ?

Définition

Commençons par rappeler brièvement ce qu’est un burn-out  ou syndrome d’épuisement professionnel dans le jargon officiel.

Selon l’OMS (organisation mondiale de la santé), le burn-out est un syndrome résultant d’un stress chronique professionnel non géré.

En France, la HAS (haute autorité de santé) définit le burn-out comme un épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel.

Quels sont les signes d’un burn-out ?

Le stress au travail est fréquent et tout stress ne donne pas lieu à un burn-out. En outre, nous sommes profondément inégaux face aux syndromes d’épuisement. Certains salariés s’effondreront plus lentement que d’autres en cas d’épuisement émotionnel ou de problème de santé mentale.

Les symptômes du burn-out varient donc selon les salariés. En général, on retrouve :

  • le manque de sommeil,
  • l’anxiété (notamment de se rendre au travail),
  • des maux de tête fréquents,
  • un état de fatigue permanent,
  • une irritabilité grandissante,
  • des pertes de mémoire et des difficultés de concentration,
  • des douleurs révélatrices : eczéma, plaques sur la peau, crise d’angoisse, etc.

Les causes du burn-out sont elles aussi très variées mais relèvent souvent de conditions de travail délétères : surcharge de travail, pression constante, conflits hiérarchiques, manque de reconnaissance, injustice, perte de sens, etc.

Le burn-out peut entraîner une dépression, une désocialisation, voire une incapacité de travail. Ce n’est pas un état de santé lié à votre personnalité mais un signal d’alerte lié à votre environnement professionnel.

 

Faut-il démissionner lors d’un burn-out ?

De nombreux salariés, au bout du rouleau, envisagent alors une solution radicale : la démission. En tant qu’avocats en droit du travail, nous vous invitons à prendre du recul avant de poser un acte crucial et lourd de conséquences.

Vous serez soulagé par le fait de ne plus vous rendre sur votre lieu de travail. Mais vous ne percevrez pas d’indemnité de la part de votre employeur, ni d’allocations chômage de la part de l’État.

Face à un tel mal-être, la démission apparaît souvent comme l’unique porte de sortie pour :

  • s’éloigner d’un manager toxique,
  • fuir une pression au quotidien,
  • retrouver sa santé mentale,
  • sauver sa vie de famille.

Cependant, démissionner à chaud, sans soutien ni réflexion, peut avoir des conséquences juridiques, sociales et financières lourdes. Il s’agit d’un acte unilatéral, qui met fin au contrat de travail à l’initiative du salarié, sans justification ni compensation.

Et rappelons-le encore et encore : le burn-out n’est pas un management difficile ni des conditions de travail normales !

Ne démissionnez pas sur un coup de tête, un jour de travail particulièrement difficile. En l’absence de soutien d’une équipe ou de collègues, prenez quelques jours de repos. Essentiel pour réfléchir à la meilleure manière d’agir sans commettre d’erreur.

 

Pourquoi ne pas démissionner lors d’un burn-out ?

En d’autres termes, c’est la double peine du burn-out : non seulement, le salarié est en souffrance mais cela le conduit à perdre ses droits.

Perte de revenus

Vous ne bénéficiez pas de l’assurance chômage ou droit aux allocations de retour à l’emploi (ARE). Seuls certains motifs de démission légitimes ouvrent droit au chômage comme la mutation du conjoint ou le non-paiement du salaire. Une situation de burn-out n’en fait pas partie.

Risques liés à la démission

Vous perdez le lien entre la cause et le syndrome : démissionner revient à nier le lien entre votre travail et votre épuisement. Cette démission silencieuse peut nuire à une future action contre l’employeur (requalification, faute inexcusable, indemnisation).

Impact sur la carrière

Au moment où vous êtes mal, vous pouvez subir un isolement en fonction de votre situation familiale. En complément, cette situation précaire ne doit pas perdurer. Vous devez rapidement vous relever et chercher un nouvel emploi. Or, vous devrez justifier ne plus être en poste.

 

Quelles sont les alternatives à la démission ?

Il existe d’autres façons de mettre un terme à son calvaire quotidien tout en stoppant un processus anormal.

Dialoguer avec l’employeur

Comment gérer un burn-out au travail sans perdre son contrat ? Parfois, il suffit d’échanger avec son employeur. Des solutions simples sont possibles comme un changement de poste en cas d’environnement toxique.

Idéalement, c’est même en amont du burn-out, dès les premiers signes anormaux dans la relation de travail, que vous devriez avoir cette discussion. Savoir reconnaître les signes permet de prévenir le burn-out et d’agir correctement.

Alerter le CSE ou l’inspection du travail

Si les conditions de travail sont dangereuses pour vous et pour d’autres salariés, n’hésitez pas à informer le CSE (comité social et économique) de votre entreprise ou les représentants du personnel. Vous pourrez bénéficier du contact avec l’avocat du CSE qui saura vous apporter de précieux conseils avant toute démission.

L’inspection du travail est aussi là pour vous écouter en cas de non-respect du droit de la santé des travailleurs ou de harcèlement moral au travail.

​Obtenir un arrêt maladie pour burn-out

Votre médecin traitant peut vous prescrire un arrêt de travail, indispensable pour entamer une période de repos et de soins. C’est la première démarche à effectuer. Il vous apporte un soutien psychologique ou vous oriente vers les professionnels adéquats pour vous aider dans la gestion du stress et dans les répercussions sur la santé.

Cet arrêt maladie pour burn-out ou épuisement professionnel a plusieurs avantages par rapport à la démission :

  • vous bénéficiez d’une prise en charge par la Sécurité sociale, voire votre employeur selon les accords collectifs en vigueur ;
  • votre contrat de travail fait l’objet d’une suspension, c’est toujours utile ;
  • vous gagnez du temps pour vous reconstruire, pour votre guérison et pour réfléchir à votre vie (pourquoi pas un nouveau travail ou une reconversion professionnelle ?) ;
  • vous êtes en contact avec la médecine du travail et pouvez l’alerter sur les conditions de travail anormales subies. Vous pourrez évoquer un aménagement de poste par exemple, voire constater une inaptitude médicale d’origine professionnelle.
  • Vous pouvez prendre du recul loin de l’environnement de travail et vous recentrer sur ses priorités (vie personnelle et vie privée, relations avec vos proches).
  • Vous anticipez la reprise du travail avec une bonne préparation du retour et un accompagnement.

Négocier une rupture conventionnelle en cas de burn-out

La rupture conventionnelle est une solution pour négocier son départ rapidement, avec une indemnité et en bénéficiant de l’assurance chômage.

Attention, la rupture conventionnelle doit être librement et pleinement consentie par les deux parties. Un état d’épuisement psychologique ne vous permet peut-être pas de bien négocier une indemnité de rupture conventionnelle.

De son côté, l’employeur peut y voir un moyen d’éviter une action en justice pour manquement à son obligation de sécurité notamment.

Il est alors préférable de consulter un avocat en droit du travail pour vous accompagner dans cette négociation. Face à une direction à l’esprit obtus, vous définissez ensemble la meilleure stratégie pour négocier une rupture conventionnelle.

Ce peut être le bon moment pour une reconversion professionnelle, loin du stress !

Faire reconnaître votre burn-out en maladie professionnelle

Consultez notre article dédié à la reconnaissance du burn-out en maladie professionnelle. Bien que le burn-out ne soit pas encore inscrit dans les tableaux de maladies professionnelles, il peut être reconnu comme tel via une procédure spécifique devant la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM).

L’article L 461-1 du Code de la Sécurité sociale prévoit qu’une maladie non inscrite peut être reconnue comme maladie professionnelle. Pour cela, elle devra être “essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime et qu’elle entraîne le décès de celle-ci ou une incapacité permanente”.

Cette reconnaissance offre une meilleure prise en charge médical et financière, tout en ouvrant la voie à une action contre l’employeur.

Saisir le conseil de prud’hommes

Si votre burn-out résulte de failles graves de l’employeur telles que des faits de harcèlement moral ou de condition de travail dégradées, vous pouvez engager une action devant le Conseil de prud’hommes.

Cela vise à obtenir plusieurs choses :

  • la prise d’acte de rupture du contrat (équivalente à un licenciement sans cause réelle et sérieuse);
  • la résiliation judiciaire du contrat de travail ;
  • des dommages et intérêts (en complément des indemnités de licenciement).

En pratique, vous devrez prouver votre état, voire souvent des faits de harcèlement qui ont conduit à cet état. Pour cela, tenez un journal de bord de vos journées, avec les tâches, les emails et votre ressenti. Conservez toute trace écrite.

Comme vous le voyez, il existe de nombreuses alternatives à la démission, graduelles en fonction de la gravité de votre état physique et mental.

 

Quels sont les droits du salarié en burn-out ?

Le Code du travail protège le salarié à tout moment de la relation de travail. Il garantit :

  • un droit à la santé physique et mentale ;
  • un droit à la sécurité ;
  • un droit à l’information et à la prévention des risques.

De son côté, l’employeur a une obligation de sécurité, qui implique de prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir et faire cesser toute atteinte aux droits fondamentaux des travailleurs.

 

Pourquoi consulter un avocat avant de démissionner ?

Faites le point avec un avocat en droit du travail sur votre vie professionnelle, votre état de santé physique et mental. Ensemble, vous identifiez toutes les options. Il répond à vos questions et vous bénéficiez de l’écoute d’une personne attentive et étrangère à votre entreprise.

Notre cabinet accompagne les salariés en souffrance au travail. Si vous traversez un burn-out, ne restez pas seul et agissez. Prenez rendez-vous : un premier échange confidentiel peut tout changer.

En tant que cabinet d’avocats en droit du travail, nous assistons régulièrement des salariés victimes de burn-out. Notre rôle consiste à :

  • évaluer la situation juridique, notamment le lien entre le burn-out et les conditions de travail ;
  • vous protéger contre les conséquences d’une décision hâtive de démission ;
  • défendre vos droits avec une stratégie définie ;
  • conduire la négociation pour vous, si une sortie de l’entreprise est envisagée avec une rupture conventionnelle.

Démissionner en cas de burn-out n’est ni obligatoire, ni recommandé. Il s’agit d’une décision qui peut être préjudiciable au salarié si elle est prise sous le coup de la fatigue ou de la pression.

Avant toute décision, consultez un professionnel de santé et un avocat spécialisé. Il existe des alternatives juridiques et humaines à envisager pour se reconstruire, obtenir réparation, voire quitter son emploi selon des modalités plus sécurisées et plus justes.